Histoire des vins de Porto

Le Porto, un vin imbibé d’Histoire
Origines du vin de Porto : les Anglais ou les Portugais ? Bien malin celui qui peut répondre à cette question. Il y a de nombreuses théories sur ce sujet et autant d’histoires. S’il est certain que les anglais font partie intégrante de l’émergence des vins de Porto que nous connaissons aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que le vin est produit depuis des siècles bien avant l’arrivée des britanniques. Les vignes du Douro sont cultivées depuis des temps très reculés. Les écrits de Strabon, grand géographe de la Grèce antique, attestent en effet que les habitants du nord-ouest de la Péninsule ibérique buvaient déjà du vin il y a plus de deux mille ans. Au IIème siècle avant JC, les romains  cultivaient la vigne et élaboraient du vin le long de la rivière du Douro, où le Porto est produit aujourd'hui.  .

1139 - Naissance du Royaume du Portugal
Afonso Henriques de Portugal, Alphonse Ier, fils d’Henri de Bourgogne vainc cinq rois musulmans à la bataille d’Ourique, se déclare indépendant du royaume de León et prend le titre de Roi de Portugal. C’est la naissance du Portugal indépendant.

1386 - Le Traité de Windsor
Le Traité de Windsor en 1386 forge des liens politiques, militaires et commerciaux entre le Portugal et l'Angleterre. Les échanges entre les 2 pays vont se renforcer si bien que de nombreux marchands Anglais s'installent définitivement au Portugal.

1654 – Nouveau traité commercial
En 1654, un nouveau traité commercial signé entre l’Angleterre et le Portugal créé de nouvelles opportunités pour les marchands anglais et écossais vivant au Portugal, en leur accordant des privilèges spéciaux et des droits de douanes préférentiels.

1667 – Embargo des vins français
En 1667, Colbert, premier ministre du Roi Louis XIV, lance une série de mesures visant à taxer sévèrement tous les produits anglais.
Furieux de cette mesure le Roi Charles II d’Angleterre décide de boycotter progressivement les vins en provenance de France. Par décision de la Cour, les gosiers anglais seront désormais désaltérés par des vins portugais.
Les marchands anglais de Viana do Castelo, lieu historique d’exportation des vins portugais, s’engouffrent dans la brèche et les vins du Douro deviennent rapidement l’objet d’un véritable engouement outre-manche. Au vue des quantités de vin exportées vers l’Angleterre et devant la difficulté de l'acheminement des vins par voie terrestre jusqu’à Viana do Castelo, les vins seront progressivement  acheminés par barques, via la rivière du Douro et ce jusqu'à la cité de Porto, près de la côte. C'est pourquoi dès 1710, les marchands de Viana do Castelo s'installeront à Porto afin de développer leurs activités vinicoles et commerciales.

1675 – Emergence des vins de Porto
Pour les protéger durant leur longue traversée de l’Atlantique, les vins sont parfois « fortifiés » avant expédition. On y ajoute une petite quantité de Brandy, qui augmente la teneur en alcool et empêche le vin de s’altérer. Si cette technique fait penser à l’opération de mutage survenue ensuite, toute comparaison s’arrête là. Car non seulement cette dernière se fait sur le vin en cours de fermentation mais de surcroît, ce n’est que beaucoup plus tard que le mutage sera universellement adopté en tant que procédé indispensable à l’élaboration du vin de porto.
En 1675, Ribeiro de Mareido évoque pour la première fois des vins appelés “vins de Porto”. La même dénomination qu’utilisent, en 1678, les plus anciens documents de douanes enregistrant des exportations de vins nommés officiellement “vinho do Porto”. Tout naturellement, comme le nom “Bordeaux” remplaça celui du “Claret” d’Aquitaine, le vin prit le nom de la ville d’où il était expédié.

1703 - Le Traité de Methuen
Le Traité de Methuen, signé en 1703 entre l’Angleterre et le Portugal, donne un nouveau coup de pouce aux exportations de vin de Porto. Il stipulait, entre autres, que “Sa Majesté le Roi de la Grande-Bretagne s’oblige, tant en son nom qu’en celui de ses successeurs, d’admettre à perpétuité dans les Etats d’Angleterre les vins provenant du cru de Portugal”... pratiquement sans taxes.
Tout naturellement le XVIIIe siècle marque le commencement d’une période de très grande prospérité, tant pour les producteurs de la Vallée du Douro que pour les négociants de la côte atlantique dont les exportations de vin se développent à un rythme soutenu. Hélas cette croissance de la demande des vins s’achève en 1750 pour laisser  place à la spéculation, à l'imitation et aux pratiques déloyales utilisées pour masquer la mauvaise qualité de certains vins – comme l’ajout de jus de sureau, le baga, pour renforcer la couleur du vin...

1756 – Le Marquis de Pombal, l’homme de fer
Le 10 septembre 1756, le Marquis de Pombal, premier ministre portugais, homme d’état influent et puissant, règlemente le négoce du porto, qui passe sous le contrôle de l’État avec la création de la "Companhia Geral da Agricultura das Vinhas do Alto Douro" (plus tard connue comme la "Real Companhia Velha"). Celle-ci  obtient le monopole du commerce, de la production et du négoce de Brandy issu du nord du Portugal.
En 1757, on établit la classification détaillée des vignes (près de cent ans avant de voir le Bordelais se lancer dans une démarche similaire). Les vignobles produisant les meilleurs vins, appelés “vinhos de feitoria”, ont le droit de vendre leurs produits à l’export, à des prix plus élevés, alors que ceux donnant des vins de qualité plus modeste,  les “vinhos de ramo”, sont confinés au marché intérieur. Ses travaux pionniers poseront les jalons de la réglementation actuelle (AOC) qui est parmi les plus pointues dans le domaine. On délimite la région du Douro de 335 bornes de granit portant la désignation “feitora”, appelées "marcos pombalino", distribuées autour de 250 000 hectares.
La première région délimitée et réglementée du monde voit le jour.

1834 – Le mutage
A la fin de la guerre civile en 1834, le négoce du porto connaîtra l’une des plus belles périodes de prospérité et d’expansion de son histoire, période où le mutage est globalement accepté par les professionnels du porto pour en faire le grand vin fortifié tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les années 1840 marquent également l’intérêt croissant des consommateurs pour le Porto Vintage, qui voit son prestige grandement renforcé par une tendance générale en faveur de Portos Vintage plus mûrs, que l’on laisse vieillir le plus longtemps possible en cave. Le milieu du XIXe siècle engendre des Portos Vintage légendaires tels que le 1834, 1847, 1863 et 1868.  La coutume de « déclarer » vintage les plus beaux millésimes devient la norme.

1868 – Le Phylloxéra
Le Phylloxera serait arrivé dans la Vallée du Douro en 1868, sévissant d’abord dans les régions à l’est de la rivière où les portos étaient les plus réputés. En cinq ans, il entraine la ruine de plusieurs des grandes propriétés du Douro. La chute de la production est brutale, la pénurie du vin s’annonce, les prix flambent. La solution se fait attendre, celle-ci étant de greffer les cépages européens sur les racines de vignes américaines résistantes au parasite.
Ainsi, on parvient enfin à bout du puceron, suite à d’énormes dégâts économiques et la ruine de plusieurs viticulteurs sans espoir de reconstruire leurs propriétés détruites.
Les années 1880 marquent le début de la reconstitution des vignobles, annonçant le retour d’un négoce du porto prospère dès la fin du siècle. La consommation continue à croitre fortement jusqu’aux années 1920 et ce même pendant les années de guerre.

1932 – Création de la Maison du Porto
La Fédération Syndicale des Viticulteurs de la région du Douro est instaurée par décret le 18 novembre 1932, organisme dont le but était de réguler le labour dans le Douro. Hélas, on y voit rapidement l’expression de l’Etat corporatiste du salazarisme ; un instrument institutionnel contrôlé par le gouvernement visant à discipliner et à soumettre les intérêts du labour dans le Douro.

1933 – Création de l’Institut du Vin de Porto & la Hanse des exportateurs de Vin de Porto
La principale mission de la Hanse (dissolue en 1975) consistait à discipliner le commerce alors que l’Institut, qui représentait l’Etat, devait concilier les intérêts de la production et du commerce.

1982 – Création de la Confrérie du Vin de Porto
Constituée en 1982, la Confrérie a pour objectifs “de diffuser, promouvoir et consolider le renom mondial du vin de Porto”.

1986 – Création de l’Association des Producteurs Embouteilleurs de Vin de Porto
Enfin, les producteurs de la vallée du Douro peuvent embouteiller et exporter directement leurs vins depuis la Quinta dans le Douro, ce qu’ils ne pouvaient plus faire depuis 1926.

1995 – Création de la CCIRD
La Commission Interprofessionnelle de la Région démarquée du Douro est institué et intègre à parts égales les représentants du labour et du commerce.

2003 – Institut des Vins du Douro et de Porto
Le nouvel institut, toujours d’actualité aujourd’hui est né de la fusion entre l’institut du Vin de Porto et de la Commission Interprofessionnelle de la Région délimitée du Douro. C’est un institut public de nature interprofessionnelle.

2007 & 2011 – Des Porto Vintage monumentaux
Les millésimes 2007 et 2011, unanimement reconnus par la presse vinicole, font partie des millésimes les plus remarquables de ce début de siècle, tout comme les millésimes 1963, 1977 et 1994.